vendredi 12 février 2016

Journée sans - San Francisco


1647e jour - Journée sans  – sans “message” d’elle. Mille fois, j’ai jeté un œil à l’écran de mon téléphone : elle n’a pas posté la moindre image. Je me fais l’effet d’un enfant qui attendrait, impatient, un jouet : pareil niveau de frustration.
J’ai erré dans la ville. Au plus fort de la déprime, je l’ai imaginée déjà dans un avion en partance pour un ailleurs lointain ; je l’ai imaginée rejoindre la côte Est pour une escale, je l’ai imaginée au-dessus de l’Atlantique…
La nuit est tombée sur la baie. À quoi ressemblera la journée de demain ?



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jeudi 11 février 2016

Vulcan stairs - San Francisco

1646e jour - Deuxième jour de traque. J’ai passé la matinée à errer en attendant un signe… Traverser une rue ; jeter un œil à son compte Instagram… Tourner à droite, faire une vingtaine de mètres ; un regard à l’écran… S’arrêter pour boire un café ; garder le téléphone posé sur la table, le rallumer toutes les vingt ou trente secondes…
Finalement, c’est à 13 h 57 que le signe est venu : une photo géolocalisée. J’aurais volontiers parié sur Russian Hill ou North Beach mais c’était bien plus au sud qu’elle se trouvait, sur les hauteurs de Corona Heights, pas très loin du bar d’hier.  
J’ai scruté le moindre détail de l’image, Vulcan Stairs en plongée, une allée toute en escalier, bordée de nature. L’image était accompagnée d’un commentaire : “Ma rue préférée. Magique.”
J’ai regardé dans Google Maps. J’ai évalué le temps nécessaire pour m’y rendre en taxi : une vingtaine de minutes. J’ai tenté le coup.
À chaque feu rouge, j’ai trépigné. Mon cœur battait comme si l’enjeu tenait de la vie ou de la mort. Quand je suis arrivé, j’ai avalé les marches de l’allée deux par deux… Mais la petite française n’était plus là. 
Alors, j’ai traîné dans le quartier, guettant l’apparition sur l’écran de mon portable d’une hypothétique nouvelle image. 

Peu avant dix-sept heures, j’ai cru l’apercevoir qui pénétrait chez un disquaire de Market Street. Je me suis précipité. Mais ce n’était pas elle. 
La nuit, doucement, est tombée. Une heure encore, j’ai jeté des regards à l’écran Instagram. J’ai fini par me résigner à rentrer. Mais je ne perds pas espoir, je sais que la traque ne fait que commencer.

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mercredi 10 février 2016

Cole Valley Cafe, part. 2


1645e jour - Et donc, elle s’est installée à côté de moi. Tout en feignant d’être absorbé par un article du Chronicle, je l’ai discrètement observée. Elle a d’abord semblé se perdre dans la contemplation des distributeurs de journaux de l’autre côté de la vitrine avant, finalement, de sortir un ordi à son tour et de l’allumer.
Si je sais qu’elle est française, c’est parce que, faisant semblant de me retourner pour m’intéresser à l’ardoise des plats, j’ai jeté un œil à un mail qu’elle était en train d’écrire. Au vol, j’ai relevé une phrase : “Je te laisse une adresse à San Francisco au cas où tu veuilles m’écrire.”
Plus tard, elle est allée sur Instagram. Elle a fait défiler des images…
J’ai réussi à repérer son pseudo (3lisevidal).
J’ai failli lui adresser la parole, en anglais bien sûr. Ça aurait été amusant de lui laisser découvrir que j’étais également français… Mais je n’ai pas trouvé de bon prétexte.
Quand elle a éteint sa machine, qu’elle a rangé ses affaires, je me suis demandé si j’allais la suivre. Mais je ne l’ai pas plus suivie que je ne lui ai parlé. Je me suis contenté de la voir disparaître, veste sombre, robe noire et collants, longs cheveux.
Maintenant, dans l’intimité de ma chambre d’hôtel, j’explore son compte Instagram comme s’il s’agissait d’un journal intime. Je découvre qu’elle a passé ces derniers jours à écumer les lieux de culture de la Baie – California College of Arts, Contemporary Jewish Museum…. Je découvre qu’elle s’est promenée dans Chinatown ou du côté d’Union Square, et qu’elle a également fait un tour, bien sûr, du côté du Golden Gate…
Avant-hier, elle a photographié un panneau de bois sur lequel est gravé : “Today is the first day of the rest of your life”.
Faisant défiler les images, je remonte le fil de son existence, j’explore… Sa vie parisienne (elle est à San Francisco depuis une dizaine de jours seulement)… des portraits d’elle, souvent coiffée (bonnets, capuches, chapkas)… des photos de soirées (je découvre les visages de ses proches, en France ou ailleurs)… des œuvres exposées dans des musées, en gros plans, des projections sur des écrans, des groupes sur scène, saisis de la fosse… d’autres portraits d’elle… des scènes d’escrime, entraînements, compétitions…
Je me familiarise avec ce visage à peine aperçu : sa frange coupée droite sur son front, ses grands yeux noirs… Sur une des photos, elle s’amuse à loucher, derrière elle, une inscription : “Art & Beauty”…
Dans Éclats d’Amérique, il y a deux ans, c’est marrant, j’avais imaginé l’histoire d’un type qui essaye de retrouver une fille en traquant les photos d’elle sur Instagram. J’ai bien l’impression que je suis prêt à faire en sorte que la réalité rattrape la fiction. Je ne sais pas pour combien de temps encore elle est ici mais avec un peu de chance, si je suis réactif, quelque part dans la ville, je finirai par la retrouver.

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mardi 9 février 2016

Cole Valley Cafe, part. 1


1644e jour - San Francisco. J’ai passé la matinée dans un café de Haight-Ashbury pour terminer un article que j’aurais déjà dû rendre depuis une petite semaine. Je m’étais installé en vitrine, face à la rue. J’étais en train de chercher comment conclure ce fichu texte quand j’ai remarqué pour la première fois les deux voix derrière moi : celle de la fille qui pose des questions, celle de l’homme qui répond.
Je ne parle pas encore assez bien l’anglais pour tout comprendre d’une conversation tenue dans mon dos au cœur d’un brouhaha. Quelques bribes arrachées, cependant, me laissent supposer qu’ils parlaient labels de musique.
J’ai d’abord imaginé que la fille était journaliste et je me suis dit que le type en face d’elle était peut-être une star. Alors, je me suis discrètement retourné, histoire de les observer une fraction de seconde : ça ne collait pas. Une journaliste aurait utilisé un dictaphone alors qu’elle prenait des notes dans un cahier. Et puis, elle ne se serait pas pointée en tenue de footing… Même si elle ne semblait pas forcément être une gamine, j’en ai conclue qu’elle était étudiante, en train de préparer un mémoire, ou peut-être une thèse, quelque chose comme ça.

Ils sont restés une bonne heure à converser ainsi. Parfois, dans le reflet de la vitrine, je devinais que le type faisait de grands gestes pour expliciter ses propos. Ces gestes devaient sans doute être limpides pour elle mais, en aucune façon, ils ne l’étaient pour moi.
Finalement, ils ont tiré leurs chaises pour se lever.
Ils se sont serrés la main quand ils se sont quittés, sur le trottoir juste devant moi. Ils devaient sensiblement avoir le même âge. J’ai pensé qu’ils feraient un couple crédibles. Peut-être eux-même étaient-ils en train d’y songer… J’étais tout absorbé à les contempler qui s’éloignaient, chacun de leur côté, quand la petite française aux cheveux longs s’est installée tout à côté de moi. Mais ça, d’une certaine façon, c’est une autre histoire…

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lundi 8 février 2016

Forever… - Young



1643e jour - Young, département du Río Negro, Uruguay, 15759 habitants…

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vendredi 5 février 2016

Le bout du tunnel - Leeds

1642e jour - Et puis, sans crier gare, elle m’a lancé : “Eh, tu sais quoi ? La lumière que tu vois là-bas, te fais pas d’illusions, c’est pas le paradis. C’est juste une putain de rue pleine de bruit et de fureur.”

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jeudi 4 février 2016

Histoire de moquette - Leeds


1641e jour - Observant les sols d’une boîte de Leeds, Yorkshire et Humber, je me suis souvenu de ceux des salons d’un grand hôtel arlésien. L’hôtel, c’est le Jules César, établissement cinq étoiles rénové, il y a peu, par Christian Lacroix. Quant aux sols des salons du “César”, ils sont couverts d’épaisses moquettes imitant des carreaux de faïence dont je ne saurais dire si elles sont ridicules ou délicieusement plaisantes.

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mercredi 3 février 2016

À quoi cela ressemble-t-il au cœur de la nuit ? - Leeds







1640e jour - Plaisir du jour : se promener dans une boîte vide de toute présence humaine. Pas un chat, pas un bruit si ce n’est, par moments, la rumeur d’un aspirateur dans le lointain.

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mardi 2 février 2016

Relativité des émois - Sur le Potomac

1639e jour - Dans son message, elle dit : “C’est marrant que vous ayez fait ce post, hier, sur votre descente du Potomac. J’ai vécu, il y a près de vingt ans, une situation à peu près similaire. Je n’étais encore qu’une gamine à peine débarquée de France. Dans un bar, la veille, j’avais rencontré un homme, grand, brun, une moustache. Il ne devait pas avoir plus de trente-cinq ans mais il me faisait l’effet d’un adulte, alors… Je m’étais empressée d’accepter sa proposition d’une virée sur le fleuve même si j’avais un peu la trouille. Il m’avait donné rendez-vous en fin de matinée et j’avais passé de longues heures, durant la nuit et le matin plus tôt, à l’imaginer arrêter sa barque pour m’embrasser, me caresser… Mais il ne s’est rien passé de tout ça. Je ne sais plus comment on en est venu à parler de ça mais, très vite, j’ai compris qu’il était homo, qu’il me trouvait juste cool pour une fille d’une vingtaine d’années. […] Je me souviens de la trouille de chavirer et aussi d’une usine devant laquelle on était passés. Elle semblait abandonnée. Il m’avait expliqué que c’était un bon coin pour des ébats amoureux, qu’il y emmenait souvent ses copains, qu c’était un des rares endroits, dans le coin, où l'on pouvait se promener “la bite à l’air” (c’est la formule qu’il avait employée) sans risquer d'être dérangé…”

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lundi 1 février 2016

Sur le Potomac


1638e jour - Il a tenu à m’offrir une descente du Potomac. Et moi, comme un con, j’ai accepté.
J'étais sensé apprécier le spectacle des vertes rives. Une heure durant, je me suis cramponné, les yeux rivés aux seuls mots auxquels je pouvais me rattacher, ceux écrits en rouge sur un sac à l’arrière : Life Jackets.

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vendredi 29 janvier 2016

La ville de mon rêve - Ris-Orangis



1637e jour - Cette nuit, j’ai rêvé d’un texte à écrire plein de péripéties, c’était assez sulfureux. Il y avait là, de toute évidence, une belle idée de roman. Il était question de sœurs jumelles, c’est à peu près tout ce dont je me souviens ; et aussi que les événements de cette histoire, allez savoir pourquoi, étaient sensés se dérouler à Ris Orangis ! Alors, aujourd'hui, je me promène dans Ris. Dans l’espoir qu’un bâtiment, qu’une rue, réveille en moi le songe enfoui. Je marche dans la ville mais pour l’instant sans succès : rien ne remonte.

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jeudi 28 janvier 2016

Ailleurs - Byron Bay

1636e jour - À Byron Bay, Australie, je me suis posé sur des rochers pour contempler l’océan.
Je suis là depuis un petit moment, l’esprit accaparé par un livre en train de sortir en librairie à plus de 16 000 kilomètres de là. Je rumine, je me perds en conjecture. Ce livre, j’aimerais savoir quelle va être, dans les semaines qui viennent, sa destinée…

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