vendredi 18 avril 2014

L’homme au bras cassé - Phoenix

1255e jour - Un arrêt de bus le long d’une avenue sans fin. Début d’après-midi. Le soleil tape, éblouit. Mais l’homme au vélo se tient dans la lumière (il suffirait pourtant d’un pas en arrière pour gagner l’ombre).
Son avant-bras gauche est plâtré. Tête inclinée, il semble en recueillement.
Peut-être ne cherche-t-il qu’à étirer les muscles de sa nuque. Peut-être se perd-il dans l’observation attentive du béton à ses pieds (de sa granulation, des taches qui constellent sa surface…) ou alors d’une fourmi.

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jeudi 17 avril 2014

Je ne sais pas ce qu’ils attendent - Phoenix


1254e jour - En début de soirée, je les ai vus s’enlacer, je pourrais le jurer ! Un homme et une femme dans un des rares bureaux encore éclairés de la tour d’en face. Lui en costume cravate, elle en chemisier blanc. Il la tenait serrée contre lui, mains plaquées sur ses fesses.
Alors depuis, je guette. Ça fait plus de deux heures que je guette ; que je scrute au-delà du lampadaire, que je m’esquinte la vue à force.
Il y a une demi-heure, s’est abattu un orage démentiel. Mon premier orage d’Arizona. Maintenant, la foudre n’est plus qu’un grondement lointain mais mes vêtements sont trempés.
L’homme et la femme sont toujours en train de travailler. Ils sont seuls à leur étage. Je les aperçois de temps à autre qui traversent, affairés, les grands espaces de leur plateau.
Il est près de minuit.
Il y a deux minutes, je les ai vus se rapprocher l’un de l’autre, j’ai cru qu’était venue l’heure du grand spectacle. Mais l’homme s’est contenté de tendre une feuille à la femme qui aussitôt est retournée à son écran.
Ils se désirent ardemment, j’en suis certain.
Je me demande bien ce qu’ils attendent.

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mercredi 16 avril 2014

Une autre fille, une autre fois - Grenoble

1253e jour - Je ne me rappelle quasiment plus rien d’elle. Je crois qu’elle se prénommait Agathe mais je ne pourrais pas le jurer. Je me souviens juste qu’elle habitait là, au 5, Place de l’Étoile, au troisième étage – un appartement sans grand intérêt, avec des pièces en enfilade, un micro-balcon…
Bizarrement, m’est toujours resté en mémoire, seul détail concret, un mot qu’elle avait punaisé dans ses toilettes. Sur une feuille arrachée à un carnet était écris : Agir en primitif et prévoir en stratège.

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mardi 15 avril 2014

La netteté des ombres - Paris

1252e jour - Une nuit, alors que nous ne dormions ni l’un ni l’autre, elle me dit qu’elle avait remarqué que la différence de taille entre nous était telle que mon ombre, au sol, avait un contour plus flou que la sienne.
Sur l’instant, je n’avais d’abord pas voulu la croire.
Mais le lendemain, alors que nous marchions côte à côte dans ce coin de la rue Lecourbe du côté de Lourmel, j’eus l’opportunité de vérifier qu’elle avait raison.
C’est ce jour-là – impressionné qu’elle ait pu faire pareille découverte, je crois – que je me suis mis, réellement, à me sentir proche d’elle.

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lundi 14 avril 2014

Se perdre - Banteay Ampil Temple



1251e jour - Nous étions en train de visiter un temple à proximité d’Angkor quand – je ne sais pas ce qui m’a pris – j’ai décidé de quitter le groupe, d’aller faire un tour dans la campagne alentour.
J’ai suivi un chemin entre terre et sable. Au début, celui-ci était à peu près droit. La campagne ne paraissait pas si exotique que ça. J’aurais presque pu me croire en Europe – je me souviens m’en être fait la réflexion.



Et puis, de plus en plus, le chemin s’est démultiplié. Il fallait choisir entre droite et gauche. Encore et encore… Je me suis dit que ce chemin qui semblait inoffensif vu du sol était peut-être en réalité l’une des voies d’un labyrinthe insondable. J’étais prêt à me perdre.



Au bout d’une trentaine de minutes, j’ai aperçu une famille devant moi. J’ai pressé le pas pour la rattraper. J’avais l’impression que de les suivre m’éloignait du temple mais, dans le même élan, ça me semblait indispensable de le faire.







Aucun d’eux ne parlait français ou anglais.
Ils souriaient.
Ils allaient quelque part visiblement.
La mère tenait dans ses bras le poids mort d’une enfant endormie.
D’une certaine façon, ils m’ont intégré à leur groupe.
Nous avons croisé des vaches, un chien. Nous avons traversé des étendues d’eau.
Ils souriaient et je m’éloignais des miens, de ceux avec qui j’étais…
Cela faisait deux bonnes heures maintenant que nous marchions ainsi quand soudain a retenti une sonnerie. C’était mon réveil. Il était sept heures. J’allais devoir me lever.

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dimanche 13 avril 2014

Exercice - New York




1250e jour - L’espace d’une journée, quitter Street View parce qu’est accessible sur le site du Time une image panoramique à haute résolution prise du haut du nouveau World Trade Center en construction (le lien est ici).










Exercice…
1. Contempler la ville de là-haut.
2. S’émerveiller des géométries, des jeux de reflets, des surprises (un terrain de foot sur l’Hudson ; un pont bien visible bien que déjà loin dans le New Jersey).
3. Tenter de visualiser les deux tours géantes et jumelles qu’il y avait là avant.
4. Se souvenir de ne jamais oublier ces dernières.

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samedi 12 avril 2014

Première fois - Paris Opéra Garnier

1249e jour - L’homme rajoute : Et puis, avant, il y a eu la première fois où j’ai vu celle qui allait devenir ma femme sur la scène de l’Opéra Garnier. J’étais assis au rang C, juste là, côté jardin.
Ce soir-là, à l’approche de chaque saut, de chaque pirouette, j’ai tremblé – comme peuvent trembler les parents d’une jeune patineuse sur glace au moment d’un périlleux triple Lutz piqué.

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vendredi 11 avril 2014

Ce soir-là - Paris, Opéra Garnier



1248e jour - L’homme dit : Je ne sais pas si je saurai un jour trouver les mots pour dire la fierté que j’ai éprouvé ce 24 décembre au soir – c’était il y a quatre ans déjà – à me retrouver dans une de ces loges aux côtés de mes parents alors que ma femme était sur scène.
Jusque-là ou presque, mon milieu d’origine m’était apparu comme un handicap. Et puis voilà, avec le temps, j’avais fini par comprendre à quel point je devais m’en sentir fier plus que honteux.
Il faudrait que j’arrive à dire ça sans pathos. Pas facile.

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jeudi 10 avril 2014

Champ/contrechamp - Paris, Opéra Garnier


1247e jour - Se placer là : juste sur la frontière. Entre scène et salle.  Regarder d’un côté, regarder de l’autre.

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mercredi 9 avril 2014

Bientôt - Churchill

1246e jour - Bientôt la neige recouvrira tout. J’attends. Je suis prêt.
Les sols, imperceptiblement, vont disparaître, et les toitures des maisons…
Les traces fraîches de mes pas aussi vont s’effacer.
Je n’ai qu’à me montrer patient. Je n’ai qu’à attendre. Là, dans ce paysage qui peu à peu se dérobe.
Si je sais rester impassible suffisamment longtemps alors viendra le temps où je pourrai tourner sur moi-même et où il n’y aura plus, alentour, qu’un aveuglant éclat blanc.

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mardi 8 avril 2014

Le banc - Churchill

1245e jour - Aujourd'hui, j’ai passé une vingtaine de minutes sur ce banc. À observer la course des tankers sur l’horizon. À avoir froid à force. À penser à tout et à rien… Je me suis rappelé, entre autres, d’un truc lu hier soir : il y aurait plus d’atomes dans un verre d’eau que de verres d’eau dans tous les océans de la Terre. Observant les flots, j’ai médité là-dessus.
J’ai fini par me relever, déjà engourdi. Je me suis éloigné de quelques pas pour photographier le banc. Pour l’envoyer plus tard à Yannick Vallet en guise de clin d’œil amical.

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lundi 7 avril 2014

Comprendre ce que l’on voit - Churchill

1244e jour - La première fois que je me suis promené de ce côté-ci, à la périphérie de la ville, je suis resté sur le chemin. Il commençait à neiger. Je ne me suis guère aventuré plus loin qu’à l’endroit où j’ai pris la photo (devant l’usine de retraitement des déchets). Je me suis demandé, je m’en souviens, ce qu’il y avait au-delà du panneau.


Une dizaine de jours plus tard, je suis revenu dans les parages. Cette fois-ci, le temps était relativement plus clément. Et j’ai découvert l’eau de l’Hudson Bay. Je ne la pensais pas si proche.
Aujourd'hui, je regarde mes deux images. Difficile de croire qu’elles ont été prises du même point.
Je me dis qu’il faudrait, pour ce faire une idée exacte d’un paysage, posséder de celui-ci si ce n’est une galerie d’images tout au moins deux ou trois clichés pris dans des conditions météo contraires. Ce serait un premier pas, me semble-t-il, pour comprendre ce que l’on voit.

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