vendredi 30 janvier 2015

Sous d’autres cieux (9) - Marnay-sur-Marne

1509e jour - Le voyage du jour est délocalisé. C’est ici, si ça vous chante, que vous pouvez le retrouver : Unidivers, le webzine culturel de Rennes.

Rappel : depuis septembre dernier, tous les quinze jours, mon périple prend la forme d’une chronique sur Unidivers le long d’un fil (presque) imaginaire : le 48e parallèle Nord (j’ai déjà visité Rajka en Hongrie, Esquibien, Finistère ou Makarov sur l’île de Sakhaline ; difficile de dire où je serai demain)…

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jeudi 29 janvier 2015

La femme à la chaise longue - Kuurne



1508e jour - Elle aussi replonge dans le passé, elle ressasse. C’était il y a maintenant bien longtemps, en avril 84 pour être exact. Elle s’était fait prendre en stop avec son fils qui avait douze ans à l’époque. Ils étaient de retour de Gent où habitait sa sœur. Ils auraient dû prendre un train mais il y avait une grève ce jour-là. Alors ils avaient fait du stop. Ils s’étaient retrouvés passagers d’un semi-remorque.
Le chauffeur était sympa mais fatigué, suffisamment pour manquer de réflexes.
Il y avait eu l’accident. Camion contre camion. Elle, indemne. Le chauffeur mort. Et son fils dans le coma.
Les médecins étaient très réservés sur ses chances de s’en sortir. Et puis voilà, au bout d’une quinzaine de jours, il s’était réveillé. Le lendemain, il avait demandé un crayon, une feuille. D’une main encore tremblante, il s’était mis à griffonner des schémas tactiques de football.
Toute sa convalescence, il avait rempli des cahiers de 4-3-3, de 4-2-4, de 5-3-2… Elle ne lui avait jamais vu faire pareils dessins auparavant.
Il poursuivit quand il revint à une vie “normale”. Une obsession. Dès qu’il avait deux minutes, il sortait ses carnets…
Il ne chercha même pas à devenir footballeur lui-même. Non, ce qui l’intéressait c’était de devenir entraîneur.
Elle pense à tout ça en prenant le soleil sur son balcon : à la carrière, ensuite, de celui qui pour elle est toujours le “gamin”. La Première League, le championnat espagnol… La gloire, l’argent… Et elle, seule, à Kuurne, périphérie de Courtrai, dans un appartement de
26 mètres carré à peine, dans une résidence certes confortable mais située au milieu de nulle part, face à un terrain vague, alors que son fils, lui, à cause de ce putain d’accident, traîne aujourd’hui dans des palaces.

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mercredi 28 janvier 2015

On the Beach - Kuurne, périphérie de Courtrai



1507e jour - D’une boîte d’archives, faire émerger un flyer datant des années 80, impression noire sur fond de papier jaune, format tout en hauteur ; flyer annonçant un concert. Une date : 13/05/83.
Parcourir avec une pointe de nostalgie ce bout de papier.
Découvrir, se renseignant sur le lieu, une adresse : On the Beach, Doornenstraat 5, Kuurne.
Sur le champ aller voir.
Il ne reste évidemment rien (je me permets cet “évidemment rien” parce qu’ici, à la périphérie de Courtrai comme ailleurs à Paris, Londres ou Manchester, clubs, studios et salles de concert ont disparu, scénario mille fois répété, sous les plans des restructurations immobilières).
Regarder quand même le paysage comme s’il subsistait de petits riens. Attendre un peu. Dans l’espoir que ces petits riens se révèlent à moi.

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mardi 27 janvier 2015

De Godard à Banderas - Paris

1506e jour - C’est à hauteur du 17 de la rue Saint-Jacques (évoqué hier) que j’ai pris cette image. Je ne sais pas ce que Godard (qui a habité là – je veux dire au 17), sortant de chez lui, aurait pensé en apercevant ce cul de bus…

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lundi 26 janvier 2015

Début d’un autre livre - Paris




1505e jour - En même temps que j’ai acheté le livre d’Alexandre Civico évoqué hier, j’ai acheté Un an après d’Anne Wiazemsky (éditions Gallimard) dont les premières phrases propulsent à une adresse :
Nous venions d’emménager dans un appartement quelques semaines auparavant, au 
17 de la rue Saint-Jacques, dans le Ve arrondissement. Depuis mon adolescence, je rêvais d’habiter le Quartier latin et il m’avait semblé idéalement situé, près de la Sorbonne, du boulevard Saint-Michel et de la Seine. Jean-Luc n’attachait guère d’importance à l’endroit où nous vivions, l’appartement du 15, rue de Miromesnil qu’il louait et qui avait servi de décor pour La Chinoise lui convenait, mais pourquoi pas un autre ? Quand j’avais ajouté : “Et puis, j’en ai marre de la proximité avec la place Beauvau, marre de l’Élysée et de tous ces flics”, il avait répondu en prenant l’accent suisse : “Dans ce cas…”

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dimanche 25 janvier 2015

Le début d’un livre - À Paris et ailleurs

1504e jour - Le livre s’appelle La terre sous les ongles, il est d’Alexandre Civico (il vient d’être publié chez Rivage). Le livre commence ainsi :
Clignotant. La porte du garage termine son lent bâillement derrière toi. Tu enclenches la première et t’engages dans la rue de l’Asile-Popincourt avant de déboucher sur le boulevard Voltaire. Une dizaine de feux te séparent de la place de la Nation. Tu conduis en douceur, évitant les à-coups afin d’épargner le paquet qui, dans le coffre, cogne au moindre virage dans un bruit anthracite.
Oui, ça commence comme ça. Ensuite, il est question de prendre la route, de nuit. Bordeaux, fatigue, côte basque. Par jeu, j’en fais tout autant, A10, A63…
Je m’arrête sur l’aire de Magescq Est entre Vieux-Boucau et Dax. Je tombe sur un homme épuisé, endormi sur une table de pique-nique. Je ne suis pas sûr que le personnage d’Alexandre Civico se comporterait ainsi (qu’il se donnerait à voir au grand jour) mais, je ne sais pas dire pourquoi, je vois un lien. Je mitraille.






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samedi 24 janvier 2015

Mur sonore - Kinmen County



1503e jour - Hier, je m’interrogeais sur ce que pouvait bien être ce bâtiment plein d’alvéoles en bord de mer sur l’île taïwanaise de Kinmen County. Aujourd’hui, j’ai la réponse et elle est édifiante. Elle m’a été soufflée par Hélène Demipoulpe Veilleux (qu’elle en soit, ici, remerciée) : il s’agit des vestiges d’un mur de hauts-parleurs qui était utilisé à des fin de propagande anti-chinoise – l’île de Kinmen est située près du continent, de la ville de Xiamen (pas plus de deux kilomètres).
Difficile d’imaginer le boucan que pouvait faire pareille installation.
La photo ci-dessous (REUTERS / Pichi Chuang), montre un soldat en faction devant un autre de ces murs de hauts-parleurs à l’observatoire Mashan.



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vendredi 23 janvier 2015

Le cube alvéolé - Kinmen County



1502e jour - Il est des bâtiments dont on ne peut deviner, les observant, la fonction. Celui-ci est posé dans les terres en retrait de la plage. Loin de tout. J’ai beau le regarder sous tous les angles, je ne sais qu’en penser.

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jeudi 22 janvier 2015

Voir ses photos - Kinmen County




1501e jour - Quand je l’ai aperçue, j’ai d’abord pensé que j’avais affaire à un garçon. Sa silhouette, de loin, n’avait rien de féminin.
Son regard semblait fixé sur moi.
Je suppose qu’avec son téléphone elle était en train de me photographier…





Je me suis approché d’elle avec plein de précaution, lentement. J’ai progressé l’air de rien. Je voulais pouvoir à mon tour l’observer…
Plus tard, nous nous sommes retrouvés l’un face à l’autre sur le parking. Nous avons échangé quelques mots. Dans un anglais tout ce qu’il y a de plus fluide, elle m’a expliqué qu’elle était en vacances chez ses grands-parents. Son séjour touchait à sa fin. Elle reprenait le lendemain un ferry pour Taïwan. Elle serait dans la soirée à Taipei. Je ne lui en ai pas demandé plus.
Depuis, régulièrement, je vais sur Instagram. Je tape le nom de l’île ou de la plage en mots-clés. J’espère secrètement tomber sur ses images.

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mercredi 21 janvier 2015

On dirait que ce serait un jour de fête - Kinmen County

1500e jour - Sur une plage de Kinmen County, face à cette femme qui semblait en recueillement (en réalité, elle observait avant de prendre des photos à l’aide de son téléphone ; photos de plantes grasses saisies en gros plan, de branches soufflées par le vent), j’ai pensé à Manchester le premier jour, à Barstow, à Gdansk, à Detroit, à Tcheliabinsk… 1500 jours de voyage !…
J’ai pensé aussi à tous ces gens que j’ai rencontrés depuis le début de cette aventure – je veux dire réellement – et qui, pour certains, sont devenus des amis, des personnes auxquelles je me sens incroyablement attaché.
Oui, j’ai pensé à tout cela, avec le bruit du ressac dans mon dos et les rafales qui chassaient les nuages (il venait de pleuvoir il y a peu ; il n’allait pas tarder à pleuvoir de nouveau).

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mardi 20 janvier 2015

Partir d’une femme assise au bord de l’océan - San Andres

1499e jour - Parfois, je rêve que j’écris un livre qui ne serait qu’un long travelling. Je pense à cela, l’observant. La première image pourrait être celle d’une femme assise au sol au bord d’un océan. Les premiers mouvements de la caméra dévoileraient son univers proche : un homme, debout à ses côtés, qui tenterait de la photographier à l’aide de son téléphone.

La caméra continuerait son avancée. Plus loin, on découvrirait une ville balnéaire sortie sans doute, il y a peu, de nulle part : grandes avenues, bâtiments contemporains…
Au fil du déplacement, on observerait mille détails : un type, en haut d’une échelle, affairé à changer l’ampoule d’un lampadaire de l’éclairage urbain. Ou alors une mère, de dos, occupée à photographier ses enfants devant l’entrée de leur hôtel (et l’on serait obnubilé par ses fesses rebondies, pleines de cellulite sous la culotte de son maillot de bain). Mais tout cela ne serait qu’un préambule. Car ce n’est qu’ensuite, véritablement, que commencerait l’aventure…

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lundi 19 janvier 2015

Les chiens endormis - San Andres




1498e jour - Île de San Andres au large du Nicaragua (l’île est au large du Nicaragua mais appartient au territoire colombien).
Ici, pourrait être en train de s’écrire une nouvelle à la façon de Buzzati. Ce serait une histoire de chiens mystérieusement endormis, comme touchés par un sortilège, ou alors victimes d’un empoisonnement de masse.
Ils seraient là, tous couchés sur le flanc, semblant dormir paisiblement. Nul ne saurait comment s’y prendre pour les réveiller…

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