lundi 24 novembre 2014

Ce soir-là - Fontaine





1446e jour - Ce soir-là, je suis sans doute rentré à pieds, l’appartement de mes parents étant tout proche. J’ai emprunté l’avenue Ambroise Croizat, je suis passé devant la tour où résidait le dentiste familial, devant l’ancienne mairie un temps transformée en école. Je me suis engagé dans la rue Léon Pinel…
À l’époque, la cité en face de chez mes parents était toute récente.
Je n’ai pas dû croiser grand monde.
Un portail que j’évite de faire claquer, une porte d’entrée dont j’ai la clé, un escalier, deux étages, une autre porte. Et mes oreilles qui sifflent, dans le silence, à cause des decibels avalés.
Peut-être ma mère, m’entendant rentrer s’est-elle relevée – c’était son genre. Si c’est le cas, elle a dû me demander comment c’était, mon concert. Et moi, j’ai dû me montrer évasif. Pas envie d’en parler. Ça n’aurait pas été simple, de toute façon, d’expliquer que je m’étais retrouvé face à trois jeunes gens saisis en pleine apocalypse. Et encore… Je ne me doutais pas, à cet instant-là, que l’apocalypse, au cœur de la nuit, s’apprêtait à être plus radicale encore.

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dimanche 23 novembre 2014

La guerre des Petits Suisse - Neuilly-sur-Seine

1445e jour - S’il s’agissait d’acheter un ampli ou une guitare, les gens de chez CBS étaient là. Ils signaient des chèques sans rechigner. Mais quand il s’agissait de filer une avance, c’était une autre paire de manches. De l’argent en fait, les membres du groupe, à l’époque, n’en voyaient pas tant que ça. Ils vivaient de peu mais ça leur allait bien – c’était, d’une certaine façon, cohérent avec leurs idéaux. Et pour bien manger quand ils crevaient la dalle, ils avaient toujours la possibilité de se rendre à la cantine de CBS. Ils y croisaient des vieux ringards, des vedettes de la variété… Ils faisaient table commune avec Dominique Laboubée, chanteur encore vivant des Dogs, avec Bernie Bonvoisin. Et pour entretenir l’image de jeunes cons que certains voulaient bien leur coller, ils semaient la terreur – grands éclats de rire – en jetant des Petits Suisse à travers la salle avant de se faire virer…

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samedi 22 novembre 2014

Fille du Nord née à Orange




1444e jour - Je sais qu’elle, la fille des plaines du Nord, est née ici, à Orange. Et bien sûr, je m’interroge. Je me demande : à Orange a-t-elle vécu ses premières années ? y est-elle née par hasard ? par accident ? ou parce qu’elle avait, dans la ville, des attaches familiales (aucun Wald, dans les pages blanches qui habite Orange et pas plus n’est mentionnée, dans les pages jaunes, la moindre maternité) ?
En fait, je ne sais quasiment rien d’elle – déjà de son vivant, je ne suis pas sûr qu’il y avait grand monde à pouvoir se targuer de la connaître. Enquêtant, je ne suis pas sûr de découvrir grand chose… Sa vie est un puzzle dont je ne possède qu’une infime partie des pièces. Voilà… Et pourtant, j’ai le secret espoir, un jour, à force, de voir devant moi un portrait se dessiner.

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vendredi 21 novembre 2014

Boutique New Rose - Paris

1443e jour - Ici, au 7 de la rue Pierre Sarrazin près du boulevard Saint-Michel, était installée à l’époque – je veux dire dans les années 80 – la boutique qui me fascinait le plus en France : la boutique New Rose.
New Rose était un disquaire aussi bien qu’un label qui avait signé les Dead Kennedys, La Souris Déglingué, Poliphonic Size, Warum Joe et j'en passe.
New Rose était un point de ralliement pour tous ceux qui aimaient le rock, le punk ou les musiques alternatives.
Pour ma part, je ne venais encore que rarement à Paris. Je passais des heures dans ma chambre de province, et comme sans doute beaucoup d’autres, à éplucher le catalogue (une publicité pleine page noir et blanc, dans Rock and Folk ou Best au choix).
Je viens de remettre la main sur une de ces publicités. Elle date de juin 1984. Aux premières places du Top 50 New Rose, catégorie “import”, figurent le Hyaena de Siouxsie, Elvis Costello, Spear of Destiny, Dead or Alive, The Legendary Pink Dots, Dead can Dance… Dans la catégorie “pressage français”,  ce sont R.E.M., The Cure, Psychedelic Furs ou Complot Bronswick. La Machine Infernale, deuxième album de WC3 (qui à ce moment-là, n’existe déjà plus) est 27e de ce classement.

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jeudi 20 novembre 2014

Souvenirs de la salle Paringault


1442e jour - D’autres salles que le Palace ont connu des déchaînements de violence. C’est le cas de la salle Paringault. On est en 1981 et le groupe revient sur ses terres – cela fait près d’un an qu’ils n’ont pas joué à Saint-Quentin. Et s’il revient, c’est auréolé d’un début de renommée nationale (il y a eu les radios, chez Maneval sur Europe 1 ou des articles dans Rock & Folk ; bientôt viendront les passages télé).
Il existe quelques photos de la soirée. Elles montrent un public jeune et en apparence bon enfant mais l’ambiance, en réalité, est électrique. Alors que les premiers groupes passent, des bouteilles sont jetées en direction de la scène, un début de rixe éclate même… Un appel au calme est lancé…
C’est enfin au tour de WC3 de jouer.
Le groupe passe en dernier – en vedette ! Son son s’est étoffé, ses compositions sont plus fluides – le public est épaté.
Mais WC3 n’a que le temps de jouer trois chansons…
Le courrier Picard, extrait :  
Les quatre de “A trois dans les WC” montèrent à leur tour sur le podium. Mais très vite les incidents se reproduisirent, beaucoup plus violents cette fois.
Plusieurs individus s’attaquèrent aux musiciens et à leur matériel. Françoise Wald qui tient les claviers dans le groupe fut violemment frappée par un jeune garçon notamment armé d’un coup de poing américain. Porteuse de nombreuses ecchymoses la jeune fille fut transportée au centre hospitalier afin d’y recevoir les soins nécessités par son état.
Voilà.
C’est ainsi, aussi, que s’écrit l’histoire d’un groupe de rock.

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mercredi 19 novembre 2014

Fait d’arme - Paris

1441e jour - L’histoire ne dit pas forcément grand chose ni du groupe (encore que) ni de sa musique mais elle se colporte encore, à la façon d’un fait d’arme singulier… Nous sommes en novembre 1982. WC3 doit assurer la première partie du groupe anglais Perfect Zebras. C’est au Palace que ça se passe.
Les Perfect Zebras, aujourd'hui, plus grand monde ne s’en souvient mais à l’époque ce passage par Paris tient lieu d’événement. Les journalistes sont nombreux dans la salle.
Les embrouilles commencent dans l’après-midi, au moment de la balance pour être précis. Les anglais prennent de haut ces petits français dont ils n’ont jamais dû entendre parler. Ils se comportent comme des petits cons, débranchent des fils quand c’est au tour de WC3 d’œuvrer. Ils sabotent la balance. Des mots fusent, en anglais autant qu’en
français ; fort à parier qu’aucun des deux côtés on en comprend véritablement le sens mais les rictus sur les visages sont là pour lever toute ambiguïté…
Et voilà. Le concert commence. Manque de retour, larsen, le son pendant le set de WC3 est apocalyptique. Alors, Éric, le bassiste, une fois la dernière note jouée, éclate, enragé, la batterie électronique des arrogants anglais, suffisamment pour que ceux-ci ne puissent pas jouer.
Difficile d’imaginer l’ambiance backstage ensuite… Difficile aussi de se faire une idée des premiers contacts, les jours suivants, avec les gens de la maison de disque. Toujours est-il que le groupe, à travers ce fait d’arme, se met à avoir ses premiers articles dans la presse musicale anglaise.
Melody Maker du 6 novembre 1982, extraits : High drama in Paris last week when upcoming London band PERFECT ZEBRAS arrived there for a prestigious showcase gig at Le Palace. Knackered after a 16-hour drive from Berlin, they tumbled into the theatre to set up their equipment and do their soundcheck to be confronted by irate local support band WC3.
The frogs apparently throught they sould be headlining and there ensured a furious bout of fingerwagging and Gallic cursing. When they finally stopped laying into the Zebras equipment, the bass guitarist performing a Chainsaw Massacre job on their Simmons electronic drum equipment.

[…] When the smoke cleared the Zebras counted up £5.000 worth of damage and severely injured pride as they realised they driven across Europe for a gig they were ultimately unable to play because of a nutty French bass player.

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mardi 18 novembre 2014

Le parking de Géant Casino - Fontaine

1440e jour - Mon père collectionnait les jetons de caddie. Il en avait des classeurs pleins, et des boîtes, des sachets…
La plupart de ses jetons provenaient de ce parking, celui du Géant Casino, juste en face du Drac Ouest évoqué hier, là où il faisait ses courses.
Tous les jours ou presque, il arpentait les allées, yeux baissés vers le sol. Ses spots étaient les abords des garages à chariots. Et tous les jours ou presque, il trouvait des jetons.


Il n’hésitait pas, non plus, à aborder les gens qui s’apprêtaient à prendre ou ranger un caddie. Il proposait un modèle qu’il avait en grand nombre d’exemplaires contre un jeton inconnu. Certains des clients, par la force de l’habitude, le reconnaissaient et allaient vers lui pour lui proposer un échange ou, mieux encore, lui offrir un jeton qu’ils supposaient qu’il n’avait pas.


Dans un agenda recyclé en journal, il notait l’origine de chacune de ses trouvailles… Des dizaines et des dizaines de pages d’anecdotes de peu…
Aujourd’hui, je me suis virtuellement promené sur ce parking qui lui était si familier. À tout hasard, j’ai cherché sa voiture – une Renault 19 d’un autre temps. Je l’ai cherché lui aussi (la Google Car est passée alors qu’il était encore vivant). J’ai craint autant qu’espéré l’apercevoir. Je n’ai vu ni la voiture ni sa silhouette voûtée. Je ne sais pas quelle forme aurait pris l’émotion si je m’étais retrouvé face à son fantôme.

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lundi 17 novembre 2014

Drôle d’endroit pour mourir - Fontaine


1439e jour - Fontaine, drôle d’endroit pour mourir quand on a tout juste vingt-cinq ans…
Fontaine, surplombée par les contreforts visuellement abrupts du Vercors…
C’était la première fois que les membres du groupe – qui venaient tous des plaines du Nord –, se trouvaient face à de pareils paysages. À leur arrivée, ces “murs” autour de la ville, ça avait provoqué en eux un étrange malaise.
Il faut essayer d’imaginer…
La machine est en train de dérailler, ils le pressentent… Le groupe vient d’être “remercié” par CBS, sa maison de disque ; ils savent qu’il n’y aura pas grand monde dans la salle (même pas vingt billets de vendus). Et puis, ces parois, tout autour, qui très vite dans la journée vont masquer le soleil.
Saloperies de montagnes.
Cette sensation-là, il n’est pas trop difficile pour moi de m’en faire une idée – j’ai vécu ici les vingt premières années de ma vie.

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dimanche 16 novembre 2014

Drac Ouest (2) - Fontaine

1438e jour - Si j’ai voulu voir le Drac Ouest c’est parce que c’est là qu’a eu lieu le dernier concert d’un groupe. Ce groupe, c’était WC3.
C’était il y a trente ans déjà – le 19 avril 1984 pour être précis. Le concert, sur le billet, était annoncé à 22 heures.
À l’époque, je n’étais pas encore majeur. J’étais pourtant dans la salle.
Le concert était sensé être le premier d’une tournée de promotion d’un nouvel album : La Machine Infernale. Ça a été le dernier du groupe, parce que dans la nuit, parce qu’au petit matin, celle qu’on avait pris l’habitude d’appeler Jeanine et qui tenait les claviers a disparu à tout jamais.

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samedi 15 novembre 2014

Drac Ouest (1) - Fontaine

1437e jour - Je suis retourné une dernière fois à Fontaine. C’était il y a une dizaine de jours. J’en ai profité pour aller jeter un œil au Drac Ouest. Tout l’espace est maintenant sur-grillagé après que cet été les locaux de l’ex-boîte, ex-restaurant, aient une énième fois en partie brûlé.
Depuis pas mal de temps, semble-t-il, la logique ici est : squat, incendie, squat, incendie… C’en est presque étonnant que les corps de bâtiments soient encore en bonne part debout.
Sur la grille, que j’ai photographié, est accroché un “Arrêté de péril ordinaire”. Le parcourant, j’ai appris, entre autres, que le Drac Ouest appartient aujourd'hui à Mireille et Amaury Espivent de la Villesboisnet.

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vendredi 14 novembre 2014

Sous d’autres cieux (4)

1436e jour Le voyage du jour est délocalisé. Et une fois n’est pas coutume, il est particulièrement intérieur (j’évoque mon nom, mes origines).
C’est ici, si ça vous chante, que vous pouvez le retrouver : Unidivers, le webzine culturel de Rennes.

Rappel : depuis la rentrée, tous les quinze jours, mon périple prend la forme d’une chronique sur Unidivers le long d’un fil (presque) imaginaire : le 48e parallèle Nord (j’ai déjà visité Rajka en Hongrie, Esquibien, Finistère ou Makarov sur l’île de Sakhaline ; difficile de dire où je serai demain)…

jeudi 13 novembre 2014

Les fenêtres sont des écrans - Lesdins



1435e jour - À pieds, en voiture, en bus, en train, j’adore apercevoir la vie au-delà des fenêtres. Mon déplacement créé un semblant de travelling qui balaye l’espace de la pièce. Je n’ai généralement pas le temps d’enregistrer le moindre détail mais je me fais une idée des volumes à l’intérieur. J’imagine des vies possibles, des ambiances (radio ou télé allumée, cocotte-minute et jets de vapeur assourdissants, enfant assis au sol en train de jouer avec soldats de plastique ou voitures).

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